La Taure

02-mentor-peinture-tauromachie1

 » L’épaule, au rebord,
Digne d’artifices,
N’agite en décor,
Que des sacrifices !
Et le demi corps
Abrite au calice
Un cœur sans remords
Fier de l’édifice   »
Amina

Cette épaule offerte sans contrepartie
N’est pas digne à cause de ses artifices
Elle n’est pas faite de serments factices
Pour brouiller les chemins jonchés d’orties

La taure a été huée par l’arène
Elle s’est retirée sans trop de peine
Digne dans son deuil fière comme une reine
Elle a volé la gloire à son adversaire
En mettant fin à sa vie et son calvaire
Elle le gratifie de sa plus belle ruade
Lui refusant la dernière estocade
Elle sauvegarde ses deux oreilles
Et sombre dans un profond sommeil

Devant cette cinglante humiliation
Et face à toute cette abnégation
Le torero sort l’épée de son fourreau
S’autoproclame son propre bourreau
Puis dans un tourbillon de chaleur
Sa lame s’élance tel un éclair
Et transperce son buste offert
Sourd aux cris d’un parterre
Dominé par la plèbe en colère
Qui avale de travers sa rancœur

Deux pigeons prennent leur envol
Et soulèvent la taure du sol
Ascension glorieuse sans obole
Vers la promesse d’une belle destinée
Loin des regards de ce monde mal fané

Chaaref

 index

Ce poème est tirée du recueil de poésie « ZOULIKHA » des éditions Edilivre

 Lien à suivre: https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/825749/s/le-role-2588762609/

De tous les commentaires que j’avais reçu, deux ont  retenu mon attention.

Le premier est de Mostafa qui voit dans ce poème un message fort pour condamner l’exercice de la tauromachie : « Ton poème est bouleversant et criant de vérité! J’ai vu un documentaire sur le traitement infligé à ces pauvres créatures; c’est scandaleux, inhumain et barbare! l’homme est la bête la plus cruelle et sanguinaire qui soit! Il faut le crier fort: BASTA!!! »

Le deuxième commentaire de « grain de sel » est à mon sens celui qui a su décrypter l’idée profonde exprimée par le poète : « Il ne s’agit nullement ici de tauromachie…
Ces métaphores fort exquises par ailleurs, relève le trait d’un grand esprit farouchement indigné de ses assauts répétés que repousse énergiquement sa dulcinée ! Cette taure trouve sans combat, son combat dans le dédain et la cavale…elle en est pleinement consciente et agit en connaissance de cause ! Tout cela évidemment, trouble notre Casanova qui s’en trouve terriblement dépité !
Éternelle lutte du pot de terre et du pot de fer…
L’amour se donne ne se prend pas ! »

 

 

Publicités

3 réflexions au sujet de « La Taure »

  1. Du point de vue féminin, je reconnais bien là la force de la Femme et son courage devant ces infâmes qui veulent lui imposer leur choix. Dommage que la parole n’ait pas suffi et qu’elle ait été obligée d’en arriver à cette tragique extrémité et que dire de l’homme qui donne l’estocade !!
    Belle journée charef

    1. Bonjour Michèle. En cherchant sur le web j’ai trouvé cette fresque qui illustre bien ce poème qui date de 2006. J’aime bien l’expression du deuxième commentaire que j’ai cité : l’amour se donne on ne le prend pas.
      Quand à l’homme qui donne l’estocade ce n’est pas évident

Les commentaires sont fermés.