La sirène

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J’étais heureuse et en même temps perdue dans l’immensité de cet océan. Les grands fonds marin, la végétation luxuriante, des refuges pour se protéger des prédateurs. La vie était belle. Je ne me lassais pas de forniquer. Je m’en donnais à cœur joie. Je n’attendais pas la nuit où tous les chats sont gris. Je me contentais de nager comme un poisson dans l’eau. Toutes passaient à la casserole : les dorades frissonnantes, les anguilles aux corps gracile, les crevettes à la chair tendre, le tout accompagné de bons crus du terroir.

Et patatras ! Je tombe dans les filets de sa prison dorée. Des rêves à la pelle débordent de son escarcelle. Mon ventre crie famine. Mais rien n’y fait il me gave avec ses histoires assassines. J’ai patienté mille et quelques nuits sans sommeil. Ses mots déclamés m’enflamment. Le talent de sa plume m’éblouit. Ses courants malins effilochent ma trame.

Je pensais pouvoir allumer les bougies, du phare de bonne espérance, avec lui. J’ai fouillé mes poches. Au lieu d’allumettes je n’ai trouvé qu’une amulette. Surprise, le doute s’est emparé de moi. Est-il sorcier ? M’a-t-il jeté un sort. Je ne sais plus exciter mes envies. Ensorcelée et sans état d’âme je ne pense plus qu’à lui.

Ses mots déclamés m’enflamment

Le talent de sa plume m’éblouit

Aux rimes poétiques qu’il clame

Une sensation de bien être m’envahit

Je pensais déposer mes armes

A ses pieds pour gagner sa confiance

Agenouillée je succombe au charme

De ses yeux pleins d’indulgence

Charef

Tiaret le 27/09/2018

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11 réflexions au sujet de « La sirène »

  1. Pauvre siréne elle n’a pas su se méfier de ce sorcier talentueu. Avec ces mots aux rimes poétiques qu’il clame il l’a sans doute ensorcelée la pauvre!
    A quand La suite Charef
    Bonne fin de soirée
    Bisous

  2. Ah ah ! Et combien sommes-nous de sirènes qui se sont faites piéger par l’hameçon des mots ? 😉 Sais-tu… non, tu ne peux pas le savoir que, réflexion faite, j’en suis arrivée à cette même conclusion. Qu’après avoir été prise dans les filets, ce fut la prison dorée. Loin si loin du petit monde bien sécurisant qui était le mien l
    On a toutes et tous qq points faibles. Et moi vois-tu ce sont les mots, les jolis mots d’amour….
    Oui mais bon, la petite sirène, elle peut s’echapper pour retourner dans son milieu naturel, là où elle est libre et heureuse, non ?
    En tous cas je me suis juré -certes un peu tard, que je ne mordrai plus à l’hameçon, voilà.
    😀
    Un joli texte plein de poésie qui forcement fera parler les dames. Merci Charef pour ce partage.

    1. Ses yeux sont des tours de lumières
      Sous le front de sa nudité.

      À fleur de transparence
      Les retours de pensées
      Annulent les mots qui sont sourds.
      Elle efface toutes les images
      Elle éblouie l’amour et ses ombres rétives
      Elle aime — elle aime à s’oublier.

      Paul Eluard

  3. La sirène a troqué sa liberté et sa passion de vivre pour adorer un habile parleur, qui la fait tourner dans un bocal dont il ne la sort que pour son plaisir. Oui au début elle a le plaisir de lui en donner autant, du plaisir, mais ça ne suffira pas car son bonheur ne vient plus désormais que du bonheur qu’elle lui offre, tandis que lui ne lui offre que lui à adorer. C’est peu en regard de la liberté …

  4. Tu as mis le doigt sur la plaie Edmée sauf que les rôles peuvent être inversés. C’est dingue ce que les femmes peuvent être solidaires. Je ne sais pas ce qu’aurait été leur réaction si ce texte avait été écrit à la première personne du singulier. Bonne journée à toi. Merci pour tes commentaires avisés.

  5. Un très beau texte sur ce fameux sortilège qu’est l’amour 🙂
    Je te demanderai juste de corriger une petite coquille dans ce passage (quelques nuits sans sommeille = Sommeil ici n’est pas le verbe mais le nom donc ne prend pas lle. ici on parle du sommeil)
    Boussa kbira Charef

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