À propos

BERKANI 2013

D’un port qui se fond dans le paysage, BERKANI Charef accentue volontairement son apparence anodine pour mieux être fidèle à ses convictions. Il sera éternellement au service des autres, créatif d’idées et leader de groupe sans en avoir l’apparence et encore moins la faconde. Ses paroles empreintes d’un léger cheveu sur la langue imposaient un sérieux de bon aloi. De plus, des yeux scrutateurs et une bouche naturellement en sourire, ramènent à plus d’attention pour cet homme qui a marqué ses amis et ceux qui ne le sont pas. Tous lui reconnaissent, parfois à demi-mot, une intelligence acérée et un sens rare du consensuel.
Charef est né le 26 juin 1947 dans le quartier de Rainsinville à Mostaganem, un espace où se côtoyaient les musulmans, les chrétiens et les juifs. Il fréquenta l’école communale Pasteur et s’y lie d’amitié à jamais avec Ghali El Akeb, une amitié que ni les distances ni les aléas de la vie n’altérèrent, une amitié complémentaire entre une intelligence méditative et une exubérance conquérante m’a appris la résistance .
Discrète intelligence, constamment à la recherche d’un consensus, Charef fit son parcours au Cours Complémentaire Jules Ferry, devenu ensuite école Frantz Fanon. Parmi les enseignants, un seul était Algérien musulman et enseignait l’arabe, c’était le regretté Ali Hachelaf, Charef le vénérait. Malgré cela, il lui arrivait de faire l’école buissonnière pour admirer les conteurs sur la rahba non loin de l’école, Ain sefra . Il y écoutait des histoires héroïques, des légendes merveilleuses avec des héros de chez eux. Sur le chemin du retour, il prit machinalement pour habitude de tracer avec des bouts de craies chapardés en classe une phrase magique et qui semblait justement déranger les roumis : « Vive l’Algérie ». Aussitôt écrite, aussitôt effacée, aussitôt réécrite dans ces murs en plein centre de la ville. Il fallait prendre de plus en plus de précautions pour ne pas se faire attraper dans ce geste dont il percevait de manière diffuse la dangerosité. Malgré une prudence angoissante, un jour, il se fit, surprendre par son maitre adoré, Hachelaf. Il eut une peur bleue et s’attendit à d’inimaginables sanctions. Pourtant, des jours passèrent et il constata un seul changement, ses notes sont devenues maximales même si les exercices présentés à M. Hachelaf étaient négligés. Donc il tira la conclusion qui s’impose et ne travailla plus en arabe.
Au lycée René Basset, Charef précise que son intérêt pour la littérature fut éveillé et développé grâce à madame Benderdouche, professeur en littérature française, il se reprit à travailler en arabe avec les regrettés Mehadji, Darabid, Ghomari. Il apprit alors à se dévouer à la formation des autres, à faire passer l’intérêt collectif avant le sien. Cette empreinte sera la sienne durant toute sa vie. Au sortir du lycée, Charef voulu être comme ses modèles, enseignant. Admis au concours, Ilne rejoignit jamais son affectation au Sud. Il devient alors Chef de Centre Adjoint Directeur au Ministère de la Jeunesse et des Sports. Cette corporation recyclait continuellement ses cadres, il en bénéficia. Stage à El Riadh, le fief d’Henri Cordereau, avec d’éminents professeurs comme Benaoum, El Kenz Dr Chabou et tant d’autres sommités de l’époque . Sa soif de savoir le poussa à se présenter à l’Examen Spécial d’entrée à la Faculté des lettres d’Alger. Il le réussit et s’inscrit en première année de sociologie. Sa conscience et son intégrité l’accule à négliger ses études au profit de la formation qu’il dispense car il est Instructeur National. Finalement la qualité de son travail et son acuité à prévoir les difficultés et à leur trouver solution le fit remarquer, il réussit avec brio l’examen professionnel du Certificat d’Aptitude d’Inspecteur de la jeunesse et des sports (CAIJS) en 1990. Son dévouement pour autrui le pousse à l’activité syndicale, stage puis Diplôme d’animateur syndical à l’Insrtitut Drarni, Bouzaréah. Charef pense toujours à plus se former pour mieux former, il sera stagiaire studieux de nombreuse fois, parfois hors des frontières, en France à Marly le Roi, à Avignon, etc.
En 1969, Charef est responsable de l’Atelier de théâtre à l’Ecole de formation des cadres de la jeunesse( EFCJ) d’ El Riath à Tixraine. Il écrit sur un scénario de René Laforgue et monte la pièce « Pour que vive Tarik » en 1969, monte en français « Les Fusils de la mère Carrar » de Brecht avec l’acteur de cinema Gravouille, traduit le « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare, la poudre d’intelligence de Kateb Yacine , et « le rétable des merveilles » de Cervantes. Le jeune Charef s’intéresse à tout ce qui touche son métier, apprend vite et innove, crée, adapte, présente des réalisations.
En 1969, contacté par Naimi Kaddour, recruté au Ministère du Travail, il participe à la conception d’un projet pédagogique dans le but d’intégrer la culture dans le monde du travail. Technicien jusqu’au bout des ongles, Charef se sent mal à l’aise dans les objectifs sinueux et les non dits de la politique qu’il devine derrière la mission qui lui est dévolue. Il se sent hors de son milieu et se retire. Entretemps, il a monté une pièce « Amazigh » qu’il présente à l’occasion d’une tournée qui a duré trois mois dans les principales villes du Maroc et en Algérie. Sa reprise au festival de Mostaganem a connu un grand succès.
En 1972, Kaki qui connaissait ses capacités depuis longtemps, lui propose d’entrer au TRO. Il décline l’offre mais écrit une pièce « Hada had edden » qui fera l’objet d’une lecture critique par Alloula au TRO.
En 1975, Ichara : 1975, moi en litige avec le directeur de la JS, muté à la MJ route de belhacel, (Odjej). Les gens du TRO ont rejoint l’ITA, des troupes se sont disloquées, Guendouz, Emir, Art Scénique. Mon idée plus Akeb (futur Pr), Asri Abbou, Hamdane, Bensaber, Boudjemaa, Oulhaci, Benatia, Bouterfa Med, Sebah Habib, Kadda Medjded créent un groupe de théâtre et de réflexion avec des ateliers autour (audiovisuel, arts plastiques). Le dénominatif vient de Charef, le siège se trouve à la Maison de Jeunes qu’il dirige. Parmi les jeunes qui font leur premiers pas dans l’art il y a Haroune Mohamed, Boudjemaa Djillali qui transcrit les pièces en écrit en phonétique. Bourokba, est sur les listes mais subjugué par son autre passion, la pêche, il se fait absentéiste et ne reviendra à Ichara que longtemps après pour en être le Président jusqu’à son décès.
Ami du théâtre, il est présent à toutes les éditions depuis sa création. Charef présente « L’Eveil » dés la 3ème édition et obtient un Prix, « Amazigh » l’année suivante, « L’Echelle » en 1972, membre de la Commission des présélections avec Nait et Djamel en 1974, joue sa pièce « 10/19 » en 1975, écrit pour Ichara « Cheikh mat », membre du Jury du Festival en 2000, revient à la Commission des sélections avec le Dr Djakati Aissa, formateur à Bordj el Kiffan et lui-même formé en Chine.
Dans ce cadre studieux, Bensaber réalise un court métrage « L’Attentat » qui est primé en Tunisie. En 1977, le siège de l’association se déplace pour le théâtre de verdure pour quelques mois avant d’être abrité au presbytère où il y est à ce jour.
Cette année là, Charef, en butte à des problèmes familiaux est choisi par le Ministère pour intégrer l’équipe des conceptions de programmes. Il refuse ce poste qui lui semble non technique. Il veut éviter le domaine où le politique prime. Sur conseil de son éternel ami Ghali, il se retire à Tiaret. Avec l’Assemblée Populaire Communale de la ville, il anime le projet et la construction du Théâtre Communal où il ouvre une école de formation théâtrale, souvent visitée par Alloula, procède à des formations, à des échanges nationaux (formation de directeur de centre de vacances) et internationaux qui mèneront les jeunes Tiaretis jusqu’à Venise en 1993). Il monte « Essiraa » qui réalise une tournée en France, au Pas de Calais. Crée le Festival de Ghiwane qui vécut une dizaine d’années. Charef défend la mémoire des artistes disparus comme Ali Maachi, il tentera de faire de la date de son assassinat La Journée de l’artiste.
Charef est alors Chef de services de la jeunesse et des sportsde la Direction de la Jeunesse et des Sports de Tiaret avant d’en devenir le Directeur de 1990 à 1994. Ensuite, il change de ministère et passe sous la tutelle de l’Intérieur en devenant Inspecteur Général de cette wilaya de 1996 à 2002 .Cette fonction le mènera à Mascara d’où il prendra sa retraite en août 2012. Dans cette wilaya, il s’investit dans le mouvement associatif qu’il encourage et développe, présente avec les troupes de Mascara une opérette sur l’Histoire nationale. Charef est omniprésent aux conférences, aux activités de jeunes, culturels, il encourage, conseille les associations qui voient en lui un soutien. Il reprend la pièce « L’Echelle » qui est présentée plusieurs fois avec succès avec le théatre régionnal de Mascara. Il publie alors un livre regroupant toutes ses pièces en 2006. Ces deux wilayas en gardent le souvenir ému d’un Inspecteur Général tout en douceur et en consensus.
Charef est discret mais habité d’une flamme de l’art en général et du théâtre en particulier, soutenu par une conviction ardente et sans concession, il a animé ses jours par une participation active et passionnée aux activités, aux manifestations qui font des une humanité. Citoyen de par ses actes quotidiens, il a toujours été étonné, souvent gêné, d’être le sujet d’un éloge, le destinataire d’un honneur ou le modèle d’un comportement. Il s’est contenté de suivre son chemin selon ses aises et en veillant à ne pas se faire marcher sur les pieds. Quand la grandeur d’un homme habite une proximité sans prétention, tout l’entourage est embrasé par un indicible espoir.

280813 / Benchehida

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